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L’expression « soyboy » sur le réseau social patriotswin : quand le discours viriliste s’étend à une critique de l’opposition à Trump Cover

L’expression « soyboy » sur le réseau social patriotswin : quand le discours viriliste s’étend à une critique de l’opposition à Trump

By:  and    
Open Access
|Apr 2026

Full Article

Introduction

La polarisation politique de la société américaine est de plus en plus visible, en particulier sur les réseaux sociaux numériques1, qui se présentent comme une agora, une place publique sur laquelle les discours de haine peuvent s’exprimer au nom de la liberté d’expression, protégée aux États-Unis par le Premier Amendement. Dans un tel contexte, les échanges démocratiques sont-ils encore possibles ? C’est une question que l’on peut se poser, notamment lorsqu’on a affaire à un réseau social partisan créé pour soutenir le mouvement Make America Great Again (MAGA).

Notre étude porte plus spécifiquement sur l’utilisation de l’expression « soyboy » sur le réseau social numérique patriots.win. Ce dernier a succédé à la page Reddit r/The_Donald, après sa clôture en juin 20202 pour violation des règles du site – en particulier, l’usage de contenu violent, raciste et suprémaciste, l’incitation à la violence, et l’usage de discours de haine. Il a d’abord porté le nom de TheDonald.win, avant d’en changer, en janvier 2021, après les émeutes du Capitole3. En février 2024, plus de 23 millions de visites ont été enregistrées sur le site, qui se classait au 4312ème rang mondial et au 869ème rang américain4.

Patriots.win se présente comme un site communautaire sur lequel les utilisateurs peuvent poster des publications (texte, image, vidéo, lien) et ajouter des commentaires sous ces dernières. Il est possible de faire apparaître les publications par ordre chronologique ou par popularité, puisque celles-ci peuvent être récompensées (selon le même principe que les like sur Facebook ou Reddit).

Le site se revendique comme une plateforme de libre expression pour les supporters de Trump. Ses règles statuent : “We are explicitly for supporters of MAGA and Trump, and we facilitate a platform where those users specifically can speak their mind” (source : https://patriots.win/), et il se défend de toute forme de racisme : “No genuine racism, including slurs, non-factual content, and general unfounded bigotry” (ibid).

Dans ce contexte, cette contribution cherche à définir dans quelle mesure l’expression « soyboy » circule, s’impose à l’intérieur du discours sur le réseau social et finit par dépasser la simple idéologie de la masculinité pour s’appliquer à la fois à l’opposition politique et aux groupes sociaux considérés comme des « ennemis ».

Après une présentation des données, de la méthodologie et du cadre théorique (I), nous reviendrons sur la genèse de l’expression et ses contextes originaux d’apparition (II) avant d’étudier comment elle se trouve progressivement imprégnée par une portée politique et partisane (III).

I. Présentation du corpus, méthodologie et cadre théorique

Pour la constitution du corpus, nous avons extrait manuellement des exemples qui s’étendent sur la période 2020 (création du site) – 2024. Les deux termes recherchés ont été « soyboy », pour lequel nous avons identifié 322 occurrences et « soy boy » en deux mots (345 occurrences). L’absence de différence significative entre les deux formes structurelles indique que les utilisateurs ont recours à l’une ou à l’autre sans distinction. Il est à noter que les exemples présentent un caractère polémique, souvent associé à du vocabulaire violent et/ou vulgaire, ce qui est propre à la fois au discours de haine et au type de discours que l’on trouve en ligne (Assimakopoulos et al 2017, Rosier 2008). Le discours de haine, quant à lui, se définit comme « toute manifestation discursive ou sémiotique incitant à la haine, qu’elle soit ethnique, raciale, religieuse, de genre ou d’orientation sexuelle » (Baider et Constantinou 2019, p. 10). Lorenzi Bailly et Guellouz (2019, p. 43) évoquent « des éléments discursifs de volonté de nier l’autre dans son essence, par une violence verbale, fulgurante, polémique et/ou détournée ». Comme l’avancent Monnier et al (2021, p. 9), le discours de haine se fonde « sur des polarités clivantes, en général binaires », et peut viser la « confirmation d’un sentiment d’appartenance », en particulier pour des groupes « constitués autour d’un même positionnement idéologique » (Ibid., p. 10).

Bien que les réseaux sociaux puissent être perçus comme des outils démocratiques qui offrent à chacun la possibilité d’exprimer librement son opinion, leur fonctionnement tend parfois à restreindre la pluralité des points de vue. Par le biais du système de mise en avant des publications, comme celui utilisé par Patriotswin (sur le modèle de Reddit), l’expression des discours de haine peut y être encouragée. Ces réseaux sociaux numériques possèdent, en effet, le potentiel d’influencer l’engagement civique en orientant les individus vers les formes les plus radicales (Olaniran et Willimas 2020 ; Sustein 2018).

Avant de commencer l’analyse détaillée des exemples extraits du site Patriotswin, il convient de revenir sur le concept de chambre d’écho. Développé à la fin des années 90, celui-ci exprime l’idée d’un espace (dont les réseaux sociaux et certains médias partisans font partie) qui réverbère, confirme et, en définitive, amplifie les croyances préexistantes des individus plutôt que de les amener à porter un regard critique sur les faits. Ce concept entretient une étroite relation avec celui d’homophilie sociale – l’idée selon laquelle les individus préfèrent développer des liens sociaux avec d’autres qu’ils perçoivent comme similaires – et qui, à son tour, tend à accroitre la polarisation idéologique et affective (Mutz 2006 ; Bramson et al. 2017).

Les chambres d’écho accompagnent les individus au quotidien dans la formation de leurs opinions politiques5. Patriotswin présente des caractéristiques similaires, à ceci près que ce sont les membres eux-mêmes qui créent ensemble le contenu. La majorité des individus qui a publié les éléments de notre corpus a effectué des dizaines de publications et des centaines, voire des milliers de commentaires, ce qui montre la place prépondérante du site dans leur quotidien et dans la construction de leurs opinions politiques.

Nous fonderons la suite de notre analyse sur le concept de signifiant flottant, emprunté à Ernest Laclau (Laclau 1990 ; Laclau et Mouffe 2001 ; Laclau 2005). Celui-ci « renvoie à l’usage de mots communs où tout un ensemble d’arguments va pouvoir coexister, de sorte à articuler des causes » (Morin et Méseangeau 2022). Il nous permettra d’expliquer comment, lorsque les utilisateurs du site publient et commentent une actualité diverse et diversifiée, l’utilisation du terme « soyboy » témoigne « d’une volonté de s’unir contre un ennemi commun », même s’il ne renvoie pas toujours au même référent (Morin et Méseangeau 2022).

Nous chercherons alors à proposer une typologie des signifiés qui « renvoient le plus souvent à une interpellation de diverses sources d’insatisfaction […] davantage qu’à des revendications structurées » (Morin et Méseangeau 2022). À cet égard, nous pouvons examiner l’exemple (1) :

(1)CCP Porcelain Faced Godless Soyboy Globo Homos are in here trying to skim your IP so they can convert you to the Chinese way of life…

Comme nous pouvons le voir, l’auteur de la publication établit une logique d’équivalence (terme que nous empruntons à Jorgensen et Phillips, 2002 ; Müller, 2011) entre « soyboy » et plusieurs insultes et termes à connotation négative. Il est d’ailleurs à noter que l’expression apparaît tantôt comme substantif, tantôt comme adjectif, bien souvent dans un groupe nominal à expansions accompagné de nombreux pre-modifiers. Les termes placés sur le même plan que « soyboy » suggèrent un ensemble de menaces aux yeux de l’auteur de la publication, parmi lesquelles nous pouvons notamment citer : le parti communiste chinois, l’impiété, le globalisme6 et l’homosexualité. Dans un premier temps, il convient de se pencher sur les emplois originels et les contextes initiaux d’apparition de « soyboy ».

II. L’origine de l’expression « soyboy »

L’origine de cette expression n’est pas établie avec certitude. Le quotidien The Independent mentionnait, en 2020, plusieurs sources possibles : Mike Cernovich, qui y a eu recours sur son compte Twitter dans les premières occurrences de l’expression, une première apparition sur le forum 4Chan7 ou encore James Allsup, qui en revendiquait lui aussi la paternité en 2017 lors d’un entretien avec le journaliste Will Sommer8. Elle est définie comme telle par l’urban dictionary : “Slang used to describe males who completely and utterly lack all necessary masculine qualities”.

« Soyboy » peut, d’une certaine manière, entrer dans la catégorie des petites phrases. Par opposition à la notion de formule en linguistique, les petites phrases (qui sont davantage étudiées dans le contexte du discours de presse) présentent un caractère spontané, non préparé (voir Cataldo, 2022, Krieg-Planque, 2011). En l’occurrence, l’origine de cette expression étant difficile à établir, l’appellation de « petite phrase » peut se justifier. Celles-ci se caractérisent par une circulation au sein de multiples espaces discursifs, qui dépasse leur cadre initial d’apparition ; elles sont définies par leur valeur dénominative et sont souvent constituées de locutions appartenant à un lexique non-savant, non-spécialisé, donc accessibles à tous (ibid.). Elles présentent, en outre, un caractère polémique et se prêtent volontiers à des défigements ou des détournements. Il nous semble, dès lors, que « soyboy » peut s’insérer dans cette catégorie.

Par ailleurs, il est intéressant de remarquer que l’on ne parle pas de « soyman ». Au-delà de la raison phonétique évidente, la répétition du son [oi], l’expression met l’accent sur le fait qu’il s’agit de garçons, avec toute la charge sémantique que ce terme recèle : ils ne sont pas adultes au sens biologique, ils sont vus comme petits, faibles, peu musclés, immatures, dans un développement physique qui n’est pas encore arrivé à son terme. En outre, l’emploi de « boy » revêt également une implication légale. Les garçons ne sont pas majeurs, pas intellectuellement matures et n’auraient donc pas de légitimité politique. Que le terme « boy » ait été choisi sciemment ou non, il renferme des implications politiques sur lesquelles va porter une partie de notre analyse.

L’expression, quant à elle, a été initialement utilisée dans les années 2017–20189 pour désigner des hommes peu virils, qui ne correspondent pas à l’image masculiniste promue par les standards (de la droite, en particulier), à savoir un homme fort, qui mange de la viande (un « meat-eater »). À l’inverse, un « soyboy » est perçu comme faible, sensible10. Le terme est considéré comme une insulte et se trouve souvent associé, dans les articles de presse qui y font référence sur cette période, à « slur », « insult » ou encore « derogatory ». Il a donc une place de choix dans le discours de haine et fédère la communauté autour d’un même ennemi (Vernet et Määttä 2021, p. 38).

« Soyboy » renvoie historiquement à une idée reçue, très répandue dans une partie de la population américaine d’extrême-droite (far-right ou alt-right), selon laquelle la consommation de produits à base de soja augmente le taux d’œstrogènes, réduit les traits masculins et donne des caractéristiques féminines à qui en absorbe – croyance scientifiquement démentie11. Selon l’extrême-droite américaine, on aurait affaire à une stratégie de contamination (une théorie du complot analogue à celle du grand remplacement) par les produits à base de soja, qui viserait à rendre les hommes plus doux ou plus faibles, comme le suggèrent Gambert et Linné (2018, p. 131–132) : “Soy and soymilk has been targeted by the alt-right […] for claims based on discredited science about phytoestrogens in soy foods leading to a reduction in testosterone and therefore weaker, more effeminate men”. Par ailleurs, l’origine asiatique des produits à base de soja peut ajouter une connotation raciste à « soyboy ».

Nous avons choisi d’analyser les exemples en examinant les critiques virilistes des plus explicites aux plus implicites. Aux yeux des trumpistes, la masculinité traditionnelle serait tout particulièrement en danger, menacée par l’effrayante invasion du tofu. Le lien entre la nourriture et la conception de la masculinité (dans son opposition entre produits carnés et produits végétariens) est toujours visible aujourd’hui, comme le montrent les exemples (2) et (3) suivants :

(2)Well Frens, the Fed Boi is back. BananaGarglingBoi has moved on from calling us a cesspool to now calling us bottom dwellers and meat heads. Is that your best? You vegan, salad tossing soyboy Fed.

Nous pouvons noter en (2) l’adresse directe à l’adversaire à l’aide du déictique de deuxième personne you, qui sonne comme une accusation de déviance, par opposition à la norme mentionnée dans l’énoncé précédent « meat heads ». La monstration de l’autre, en tant que différent, et comme n’appartenant pas au groupe, différent de « us » donc, est caractéristique du discours de haine (Lorenzi Bailly et Moïse, 2021, p. 52 ; Ahmed, 2004, p. 1 : “those who are ‘not us’, and who in not being us, endanger what is ours”).

(3)Stop being vulgar, soyboy… tofu’s got no more chance in Texas than a June bug in the chicken coop. Beef…. it’s what’s for dinner around here

Dans l’exemple (3), le tofu (associé au « soyboy » présenté comme vulgaire) est opposé à la viande de bœuf et de poulet, dont le Texas, État historiquement conservateur, fait grande consommation. Il est à noter que la peine est double pour les hommes végétariens : non seulement ils appartiennent à une minorité, mais ils trahissent, en plus, les normes masculines attendues12 et la conception traditionnelle de la masculinité, liée à des images de forces, d’agressivité, d’un comportement hypersexuel : “vegan men […] pose a threat to both idealized forms of white western masculinity and the entire ‘white nation state’” (Gambert et Linné, 2018, p. 144). Le « soyboy » est d’autant plus dévalorisé que son écart par rapport à cette norme est important13. Nous pouvons signaler, en outre, la présence de « here » qui définit deux espaces différents : ici, les vrais hommes mangent de la viande – contrairement à l’Autre, le « soyboy » qui, ailleurs, mange du soja »14. Les représentations s’opposent d’une manière très tranchée, ce qui se traduit aussi souvent dans les constructions grammaticales des exemples. Ainsi le recours à but dans l’exemple suivant :

(4)I live in a blue area and found this on a dating app. She wants the physique of a based man but the mentality of a soyboy KEK

Ces antagonismes révèlent bien les oppositions « eux » / « nous » ou « intérieur » / « extérieur » qui renvoient à la menace que représentent les « soyboys », en raison de leur caractère étranger et étrange, extérieur, autre au groupe, tout comme à la nécessité de s’unir contre cet ennemi commun pour préserver la masculinité traditionnelle menacée.

Le lien entre « soyboy » et la masculinité faible, ou qui s’éloigne de la norme virile, est visible dans un grand nombre des exemples de notre corpus. Il peut alors s’agir de mettre en avant les images classiques de force et de domination masculines (telle l’image du prêtre guerrier en (5)), ou de dénoncer la faiblesse de ceux qui en sont dépourvus comme en (6), (7) :

(5)I want my priests to not be pedophilic American soyboy faggots. I want my priests to look like warriors from LOTR (media.patriots.win)
(6)“you so soft, you so soft, you soyboy soft”,,, “You’re a JOKE, FAKE NEWS”
(7)Skip to 01:09 to see the most pathetic, pastey, tubby, useless soyboy who can’t even look the victim in the eye.

Les exemples (8) et (9) ci-dessous font mention de l’hormone masculine dont serait déficitaires les « soyboys », presque comme si, finalement, être un soyboy relevait d’une pathologie :

(8)easy … a soyboy face is easy to spot with and without mask – I want to see with a testosterone based man… if it will work …
(9)Low-T soyboy faggot Millenial defends Biden’s dementia and gets lit up. The entire narrative has shifted. Trump is gonna win 45 states.

L’exemple (10) pousse le curseur plus loin en insinuant que les « soyboys » seraient privés de caractères masculins reproducteurs (par la référence à l’eunuque et à son émasculation). La structure présentative en THIS + BE + attribut, en attribuant directement la caractéristique de l’eunuque à « this » qui renvoie au colonel russe Mikhail Mizintsev, est particulièrement virulente.

(10)This is the Soyboy Eunuch who’s ordering air strikes on civilians.

La critique de l’homme faible peut ainsi s’étendre jusqu’à concerner les minorités LGBTQIA+, qui, aux yeux des trumpistes, manquent de caractéristiques viriles. C’est le cas dans les exemples ci-après :

(11)This was just an excuse for this soy boy to dress in drag. I dont believe this story at all. Soy boy alert. Bring back masculinity!

Ici, « soyboy » se trouve associé à « drag », suivi de ce qui peut ressembler à un slogan « Bring back masculinity ! » – qui exclurait les hommes portant des jupes, des perruques, ou du rose.

(12)Portnoy deserves to be run out of his own site. Dude is the epitome of the betamale scumbag athlete-worshipping cuckold. Only one step above a funko pop collecting soyboy

Ce dernier exemple illustre de façon évidente la posture des utilisateurs de Patriotswin. Le groupe nominal « the epitome of the betamale scumbag athlete-worshipping cuckold » rassemble plusieurs images et stéréotypes traditionnellement employés par la droite américaine. « Betamale » est employé par opposition à « alphamale », encore une fois dans cette vision qui oppose masculinité virile et masculinité faible. Mais l’honneur est sauf pour le « soyboy » qui se situe juste en-dessous de cette catégorie… Quant au terme « cuckold », il fait référence à un homme trompé / soumis et est généralement utilisé comme une insulte pour les liberals, ce qui permet une transition plutôt aisée vers notre deuxième partie.

En effet, notre analyse du corpus a montré que le recours à l’expression « soyboy » dépasse bien souvent le cadre de la stigmatisation d’une masculinité écornée ou faible pour finalement englober un éventail plus vaste d’ennemis qui feront l’objet de l’analyse ci-après.

III. De la critique de l’homme peu viril à l’attaque de l’ennemi politique

Ainsi que nous l’avons dit plus haut, l’expression « soyboy » est née d’une critique raciste et xénophobe de l’extrême droite américaine. Cependant, il nous a été possible d’observer au fil des publications sur patriots.win un processus de chargement sémantique progressif, qui associe « soyboy » à d’autres dimensions de la critique politique des membres du réseau social. Le terme va acquérir de nouvelles significations et s’émanciper de son acception originelle. En soulignant les problèmes que les individus ciblés par cette expression posent aux États-Unis et les menaces qu’ils représentent pour les membres du réseau social, les utilisateurs ont pour objectif de les discréditer et les délégitimer.

Nous l’avons vu en première partie, l’expression pointait initialement du doigt la consommation de soja qui était révélatrice d’un changement polymorphe au sein de la société américaine. L’un des premiers usages socio-politiques de l’expression renvoie à des jugements essentialistes sur la notion de masculinité. Par masculinité ou essence masculine, nous entendons un ensemble de caractéristiques physiques et psychologiques, idées, comportements et rôles sociaux que les membres de patriots.win attribuent aux hommes. L’expression « soyboy » va, dans un premier temps, servir à pointer du doigt des éléments perçus comme déviant du mode de vie et de pensée traditionnel. Ce modèle renvoie à celui de la famille nucléaire et à ses rôles prédéfinis en fonction du genre.

(13)When you marry a gay soyboy, have a sham marriage and the press tells you to kiss

Dans un premier temps, le « soyboy » apparaît comme celui qui ne peut s’intégrer dans la structure familiale archétypale, voire la menace. En effet, un homme qui n’aurait pas une apparence suffisamment masculine est qualifié de « soyboy homosexuel » au sein d’un mariage qui ne serait par conséquent qu’une imposture.

Pour reprendre l’exemple (12) cité précédemment : “Portnoy deserves to be run out of his own site. Dude is the epitome of the betamale scumbag athlete-worshipping cuckold. Only one step above a funko pop collecting soyboy”, trois termes sont reliés les uns aux autres par une chaîne d’équivalence qui peut être rapportée au même attribut de « dude » : « betamale », « cuckhold » et « soyboy ». Le lien créé entre les trois représentations est particulièrement prégnant, tout comme la charge sémantique finale attribuée au terme « soyboy ». En associant Portnoy à ces représentations, l’auteur de la publication le transforme en un symbole, presque caricatural ou stéréotypé, des problématiques que posent les « soyboys » : ils vouent un culte aux athlètes – cherchant ainsi à compenser une infériorité physique –, ils acceptent l’infidélité de leur femme et sont donc des hommes dominés, soumis. Ils ne sont donc pas à la hauteur du rôle de domination qu’ils devraient assumer.

L’image de l’homme peut également être appréhendée dans la place qu’il occupe au sein de la société :

(14)I live in a blue area and found this on a dating app. She wants the physique of a based man but the mentality of a soyboy

Dans cet exemple, l’auteur publie une image extraite du profil d’une femme qui apparaît sur une application de rencontre. Celle-ci annonce chercher un homme « patient » et « empathique », qui soit « un démocrate avec le physique d’un républicain », ce à quoi elle ajoute « les muscles sont un plus ». Nous pouvons voir dans les mots de l’utilisateur de patriots.win que l’empathie et la patience sont des caractéristiques associées au « soyboy », donc à quelqu’un qui n’est pas masculin. Certes, l’utilisatrice du site de rencontre met déjà en avant une corrélation entre des caractéristiques physiques et une appartenance politique (selon elle, le type « républicain » correspond au fait d’être musclé), mais deux étapes supplémentaires sont franchies avec la publication du membre de Patriots.win. Premièrement, la musculature est associée au terme « based »15, qui désigne des conservateurs sûrs de leurs idées, de leurs opinions et intransigeants. Mais surtout, les qualités évoquées sont qualifiées de « mentalité de soyboy ». Un « vrai » homme ne devrait donc pas, selon lui, chercher à comprendre les autres, se mettre à la place d’autrui ou même faire preuve de patience. Il devrait imposer sa vision des choses aux autres (et plus particulièrement à sa partenaire) dans la mesure “dans la mesure où il incarne” il incarne une figure d’autorité à ne pas remettre en question.

Une série d’exemples conforte cette analyse et met en lumière les qualités attribuées des « non-soyboys ». Parmi celles-ci nous trouvons le fait d’être intraitable, jusqu’au-boutiste et extrême, par opposition à ceux qui énonceraient « je suis républicain, mais… », comme dans l’exemple suivant :

(15)Whenever some soyboy smooth brain says to me “I’m a Republican, but…”.

Cette restriction n’est pas envisageable puisque lorsque l’on est républicain, il n’y a pas de demi-mesure : on l’est à cent pour cent ou on ne l’est pas du tout.Cette caractéristique se retrouve également dans une critique récurrente adressée à J.D. Vance visible sur le réseau social avant qu’il ne devienne le colistier de Donald Trump pour l’élection présidentielle de 2024 :

(16)J.D. (James David) Vance is a fake Republican running for Senate in Ohio. He’s a typical bearded soyboy with obvious Democrat leanings
(17)Fake Republican real soyboy, JD Vance is a senate candidate trying to act like a President Trump supporter.

Dans le premier cas, Vance est un faux républicain parce qu’il adopte des tendances démocrates. Dans le second, il tente d’apparaître comme un soutien à Donald Trump, mais en vain parce qu’il n’est pas assez républicain et trop « soyboy ». Un « vrai » républicain serait donc quelqu’un qui ne s’excuse pas, qui ne fait pas et ne cherche pas à faire de compromis (« unapologetic » et « uncompromising »), caractéristiques propres au camp Trump et à l’extrême droite américaine, et déjà mises en lumière par plusieurs études16.

En continuant notre exploration des significations accolées au terme « soyboy », nous observons également une critique récurrente des institutions américaines progressistes.

(18)Here we go with the Marvel universe jerkoff fantasies that the soyboy left loves so much

Lorsque le rapprochement est fait entre un « soyboy de gauche » et les « fantasmes de l’univers Marvel », la publication (qui dénigre la rhétorique du président Zelensky) laisse transparaître une critique qui existe depuis des décennies aux Etats-Unis, à savoir qu’Hollywood serait une institution libérale véhiculant une vision incompatible avec la structure sociale américaine.

L’État fédéral est une autre institution régulièrement prise pour cible par les conservateurs américains. Cette lutte entre pouvoir central et local existait déjà à la fin du XVIIIe siècle, lorsque l’on débattait de la forme de gouvernement à adopter, et elle a perduré au fil de l’histoire17. Ainsi pouvons-nous remarquer une utilisation récurrente du terme « soyboy » pour critiquer le pouvoir fédéral et pour favoriser une philosophie politique dans laquelle le pouvoir local prévaut sur le pouvoir fédéral.

(19)They want your guns bc they know there will be a civil war and it’s gonna be all the soy boy capital [sic] police fags Vs all the Peters from Piedmont

Dans l’exemple ci-dessus, l’utilisateur s’en prend aux « soy boy capital [sic] police fags », les policiers qui ont stoppé l’assaut contre le Capitole le 6 janvier 2021.

(20)Is it too much of a conspiracy theory to believe the Biden Admin might have sent some of our bitch ass soyboy Feds over to help arrest people, thus the full masks?

Dans cet autre cas, l’utilisateur dénonce les « soyboy Feds », c’est-à-dire les agents fédéraux et membres du FBI. Ceux-ci sont très sévèrement critiqués par la droite américaine, notamment depuis 2016 et l’affaire des e-mails d’Hillary Clinton et depuis l’enquête visant à mettre en lumière de possibles liens entre l’équipe de campagne de Donald Trump et la Russie. Cette position de la droite américaine s’est vue renforcée par les accusations de Donald Trump selon lesquelles les agences fédérales feraient partie de l’« État profond » (deep state) et agiraient pour léser les organisations conservatrices.

Ces critiques émanant de conservateurs et de républicains à l’encontre de la police peuvent sembler étranges (l’on rappellera que le parti républicain aime à se définir comme le parti de « la loi et l’ordre »), mais l’exemple suivant donne tout son sens à la distinction à effectuer entre une critique de la police en tant que telle et celle d’une police qui sert prétendument les intérêts démocrates, ainsi qu’à la distinction entre l’expression « soyboy » qui qualifie le pouvoir local et celle qui qualifie le pouvoir fédéral :

(21)They […] try to create hate against police. Don’t fall for these soyboy bullshit. BACK THE BLUE!!

Cette publication contradictoire mentionne d’abord une tendance des démocrates et des médias mainstream à alimenter et attiser la haine contre la police avant d’ensuite encourager les autres membres de patriots.win à la soutenir. Il faut donc comprendre que, même dans les exemples précédents, la police en elle-même n’est jamais visée par le qualificatif « soyboy ». Elle l’est seulement lorsqu’elle est associée au pouvoir fédéral, quand elle agit dans l’intérêt des démocrates et, plus généralement, lorsqu’elle s’oppose à Donald Trump et ses partisans. Utilisée à propos du maintien de l’ordre, l’expression « soyboy » révèle une critique de l’obéissance à l’autorité du pouvoir fédéral.

Dans le continuum du recours à l’expression « soyboy », il convient à présent de mentionner un ensemble de caractéristiques et d’attitudes qui ont trait au domaine politique ou qui sont évoquées lorsque les utilisateurs parlent de la politique américaine.

Les idées principales associées au « soyboy » sont celles de corruption, perfidie ou traîtrise, comme nous avons pu l’évoquer ci-dessus à propos des critiques appliquées au modèle social. Si un « mâle alpha » est quelqu’un qui impose sa vision aux autres, ne cherche pas à se remettre en question et est fidèle à lui-même, le « soyboy » est changeant, peu fiable et retourne sa veste contre son propre camp à la première occasion.

(22)So basically the 2 biggest Democrat donors include an anti- American Arch villain and a soyboy ponzi schemer

L’accusation de corruption transparaît dans cette publication qui critique les deux donateurs démocrates les plus importants et les qualifie d’« ennemi juré des États-Unis » ainsi que de « soyboy ponzi schemer », c’est-à-dire d’arnaqueurs devenus riches grâce au système de Ponzi (une escroquerie fondée sur un système pyramidal). L’accent est mis non sur la richesse elle-même mais sur l’aspect illégal et immoral de la manière dont ces donateurs l’ont acquise, parce qu’ils font partie du camp opposé. L’un de ces donateurs démocrates, le milliardaire de 94 ans George Soros, est fréquemment cité dans les théories du complot qui foisonnent sur les réseaux sociaux, notamment conservateurs18. Il est cependant intéressant de constater que « soyboy » est ici associé à un nonagénaire, qui a priori ne correspond pas aux stéréotypes physiques décrits précédemment. Ceci illustre bien, selon nous, la mutation politique du terme.

Par ailleurs, les membres du réseau social patriots.win attribuent des connotations de perfidie et de traîtrise à l’insulte. L’une des publications présente une description satirique de Peter Meijer, un représentant républicain du Michigan :

(23)My name is Peter Meijer I am a soyboy rino from Michigan’s 3rd district. I was elected to be the opposite of Justin Amash. I then backstab that promise by voting to impeach Trump and calling Trump supporters white supremacists in a rick and morty cartoon meme.

Dans cet exemple, trois éléments font de Meijer un traître au camp Trump. Le premier est RINO, directement apposé à « soyboy », qui signifie « Republican In Name Only »19 et qui désigne ceux qui n’ont de républicains que le nom. L’insulte est ici utilisée pour souligner le manque d’engagement conservateur et le fait que des motivations autres que la victoire du parti républicain et de ses valeurs conservatrices peuvent prévaloir pour un de ses représentants. En outre, ce qui fait de lui un « faux » républicain se manifeste également par le coup de couteau planté dans le dos de Trump lors de la seconde procédure d’impeachment du 45ème président des États-Unis après les événements du 6 janvier 2021 et l’assaut du Capitole. Le dernier point qui vient sceller les accusations de trahison à l’encontre de Peter Meijer réside dans le fait qu’il voit les soutiens de Trump comme étant des suprémacistes blancs. Ces trois éléments justifient, pour l’auteur de la publication, l’utilisation du qualificatif « soyboy » pour caractériser une personne qui a trahi à plusieurs reprises son propre camp.

Un dernier trait distinctif de « soyboy » en lien avec un positionnement politique réside en une certaine faiblesse, un certain manque de volonté pour imposer avec force ses idées et ses convictions. Dans l’exemple suivant, un utilisateur se moque d’un « soyboy communiste » qui est « effrayé par des mots » :

(24)Communist soyboy is scared of words

Il faut comprendre ici que la personne visée a peur de confronter ses idées au cours d’une discussion politique20. Le qualificatif de « soyboy » est donc utilisé pour discréditer un opposant aux conservateurs, en ce qu’il ne pourrait pas supporter un débat idéologique qui le mettrait face à des idées différentes des siennes, bien qu’il s’agisse d’un principe démocratique fondamental. À cette réticence face à un passage obligé de la vie démocratique vient s’ajouter l’allégation selon laquelle l’individu ressent de la peur face à de simples mots, ce qui vient renforcer l’idée qu’un « soyboy » ne peut pas se défendre par lui-même, pas même contre des idées.

L’idée de faiblesse politique attribuée au « soyboy » se manifeste également dans un exemple qui concerne le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, le « principal soyboy de la gauche », lequel se plaint d’être « écrasé par des républicains impitoyables » :

(25)The Left’s “Leading Soy Boy” tries to look tough after chasing millions out of the once Golden State via his devastating brand of Kalifornia Cultural Marxism. Saying Dems are ‘getting crushed’ by ‘ruthless’ Republicans.

L’utilisation de l’adjectif « impitoyable » est intéressante à plusieurs égards. Tout d’abord, dans le contexte de la publication, les lamentations du gouvernement démocrate permettent, par opposition, de mettre en valeur l’attitude des républicains. Celle-ci est qualifiée de ruthless, qui n’est pas tant à comprendre comme « cruelle » mais comme la qualité de ceux qui se battent pour leurs convictions sans jamais transiger ni faire de compromis21. L’interprétation de cet exemple amène également à penser que les républicains ne sont pas particulièrement impitoyables, mais plutôt que Newsom et les autres démocrates sont trop faibles, qu’ils n’ont ni courage ni volonté politique suffisante, ce qui fait d’eux des « soyboys ».

Cette aversion pour le manque de fermeté donne également lieu à des prises de position parfois surprenantes lorsque, par exemple, un membre du réseau social se déclare « content que le Chine s’adresse aux États-Unis comme aux « soyboys » idiots qu’ils sont. La Russie, la Chine, la Corée du Nord, tout le monde sait que Biden est faux ».

(26)I’m happy China is talking to the US government like the soyboy sucks they are. Russia, China, NK – everyone knows Biden is fake

L’auteur en arrive donc à soutenir, de manière inattendue, la position de la Chine (mais également de la Russie et de la Corée du Nord) dans la mesure où elle souligne la prétendue incompétence et la faiblesse diplomatique de l’administration Biden. L’hostilité qu’il éprouve pour les démocrates au pouvoir amène ce membre conservateur à complimenter des rivaux des États-Unis parce qu’ils osent avoir des positions fortes et des lignes de conduite qui ne tolèrent aucun compromis.

Au terme de cette série d’analyses d’exemples dont le but était de montrer comment le recours à l’expression « soyboy » aboutit à une critique partisane, une dernière publication nous semble bien illustrer la fusion entre les aspects personnel et politique de la critique :

(27)My testosterone results are in. I’m a borderline soyboy; I need to fix this asap before I do something stupid like register Democrat

L’utilisateur publie ici une image de ses résultats d’analyse sanguine et affirme que son taux de testostérone trop bas pourrait le pousser à « faire quelque chose de stupide, comme s’inscrire en tant que démocrate ». Dans cette situation, les opinions politiques deviennent une question biologique. À ses yeux, être en bonne santé implique d’être républicain et, inversement, être démocrate est la conséquence d’un défaut de testostérone, hormone associée à la virilité. Tous les préjugés et les défauts référencés dans notre analyse se voient donc attribués au camp démocrate du fait de cette déficience physiologique. Ce n’est plus le camp de ceux qui n’ont pas les mêmes idées politiques, c’est le parti qui n’est pas en accord avec l’image masculine et ce qui fait l’essence des États-Unis.

En outre, le rapport entre la critique politique et l’expression « soyboy » semble être un mouvement à double sens. Jusqu’ici, nous avons vu comment le terme est utilisé dans le cadre d’une critique individuelle, sociale ou politique d’individus dénigrés en raison de leurs supposés soumission, faiblesse ou progressisme. Une critique de Donald Trump ou de ses supporters pourra ainsi justifier la délégitimation d’un opposant dans toutes les facettes de son identité. Comme le remarquent Iyengar, Sood et Lelkes : « les démocrates et les républicains non seulement détestent de plus en plus le parti adverse, mais ils attribuent également des caractéristiques négatives aux membres du parti opposé. La polarisation affective a imprégné les jugements sur les relations interpersonnelles, dépassant la polarisation basée sur d’autres clivages sociaux importants »22 (Iyengar et al. 2012). En somme, les individus sont de plus en plus à même d’attribuer à l’autre des caractéristiques négatives, en-dehors du domaine politique et idéologique.

Si « le simple fait de s’identifier à un parti politique suffit à déclencher des évaluations négatives de l’opposition »23, notre analyse permet de prendre cet argument à contrepied. En effet, la critique d’une caractéristique physique, le manque de virilité, entraîne automatiquement l’exclusion du camp républicain vers celui des ennemis. Autrement dit, si un homme n’est pas assez viril, fort ou conforme à l’image qu’ont les membres de patriots.win d’un « vrai Américain », alors il doit être démocrate et, en définitive, sera perçu comme dangereux.

Conclusion

Notre brève étude concerne un phénomène qui reste malgré tout quelque peu marginal : tous les conservateurs, soutiens de Donald Trump et membres de l’alt-right ne traitent pas leurs opposants de « soyboys » (y compris sur le réseau patriots.win) (McIntosh et Mendoza-Denton 2020). Le profil concerné est plutôt celui de jeunes conservateurs qui se sont politisés avec et par les réseaux sociaux. Mais ce cas ne doit pas être pour autant considéré comme anecdotique. Il s’agit là de l’illustration d’une des dynamiques de polarisation de la politique américaine sur internet qui avance de pair avec les tendances présentes dans la vie de tous les jours (Vasist et al. 2023).

Lorsqu’il est question de polarisation politique, les notions de manichéisme, d’essor des stéréotypes qui enferment dans des catégories rigides et simplifient la réalité tout en la déformant, ne tardent guère à émerger. La normalisation et la généralisation du discours de haine par le biais du terme « soyboy » illustre le rejet sans équivoque d’opinions politiques discordantes pour des raisons extra-politiques. Nous voyons dans ce phénomène une augmentation du sectarisme politique en lien avec ce que Joseph Gusfield nommait un « mouvement de statut »24. À la suite du sociologue américain, nous pourrions affirmer que l’utilisation de l’expression « soyboy » pour identifier, discréditer et délégitimer des individus est « une voie par laquelle un groupe culturel agit pour préserver, défendre ou rehausser la prédominance et le prestige de son style de vie à l’intérieur de la société » (Gusfield 1970).

Une autre conséquence possible de l’utilisation de « soyboy » peut être l’impossibilité grandissante du débat ou du dialogue démocratique dans la mesure où la réduction du discours politique à des impressions, la place de l’affect, les insultes ou les petites phrases déplacent l’enjeu du dialogue du fond vers la forme. Toutes ces considérations tendent à accentuer les tendances autoritaires et illibérales visibles aux États-Unis depuis plusieurs années. Lorsque Donald Trump affirmait, durant la campagne présidentielle, souhaiter abuser de son pouvoir pour se venger « juste le premier jour »25, il le faisait dans l’idée et de « venger ses soutiens »26 et de punir la « vermine »27 dans laquelle il incluait “the communists, Marxists, fascists, and the radical left thugs28, énumération dans laquelle « soyboy » pourrait, lui aussi, trouver sa place.

Notes

[1] Nous pouvons renvoyer ici à Dafaure (2023, p. 199) : “the US digital sphere is indeed undeniably marked by exacerbated polarization and antagonism”, polarisation qui s’accompagne de positionnements radicaux, de provocation délibérée, d’une volonté de générer des réactions d’outrage qui sont très présents dans la frange conservatrice américaine, attachée à la polémique, la controverse et à un discours d’hostilité (ibid., p. 200).

[5] Durant la présidence Obama, la chaîne Fox News était vue comme la chambre d’écho des conservateurs du Tea Party : elle créait une communauté de sens et transmettait une identité politique à ses membres (Skocpol et Williamson 2016).

[6] Terme utilisé par la droite américaine pour critiquer les effets de la globalisation culturelle.

[7] “Where soy boy originated from, however, is unclear. The Daily Dot suggests that it could have been started by Mike Cernovich, a far right social media personality, who’s been using the term to insult people on Twitter for months. According to Know Your Meme, the first use of “soy boy” appeared on 4Chan. But YouTube political commentator James Allsup, who was caught protesting with white supremacists in Charlottesville, has claimed he invented the insult”. (https://www.independent.co.uk/life-style/soy-boy-insult-what-is-definition-far-right-men-masculinity-women-a8027816.html).

[8] “Alt right figure and Charlottesville white nationalist rally participant James Allsup, who says he was one of the first on the right to use “soy boy” as an insult, tells Right Richter that the insult is indeed about estrogen.

“It’s a reference to soy causing increases in estrogen levels which feminizes men and reduces testosterone,”” Allsup writes me. (https://medium.com/@willsommer/how-soy-boy-became-the-far-rights-favorite-new-insult-e2e988d365c7).

[9] Voir l’étude de Gambert et Linné, 2018, sur les tweets contenant l’expression « soyboy » entre octobre 2010 et aout 2018.

[10] Nous renvoyons ici à McNutt Patrick, 2023 : “The soyboy discourse adds to the existing polarization that utilizes hyper-masculine posturing to claim politically left-leaning beliefs are held by weak, irrationally emotional individuals” (p. 39), et “the soyboy is a man who is weak because he does not align with culturally valued masculinity and claims to value issues surrounding social justice over individual interests (p. 52)”.

[11] Voir à ce propos l’association entre cette croyance et les theories du complot pseudo-scientifiques : discourse that perpetuates the belief that consuming soy makes men less masculine or feminizes them because of the presence of estrogen in the products (McNutt Patrick, 2023, p. 3).

[12] “However, vegan and vegetarian men are under special scrutiny and are more disliked than vegan and vegetarian women (MacInnis & Hodson, 2017). In addition to belonging to a minority, they also violate masculine gender norms and are therefore perceived as less masculine.” (https://www.bps.org.uk/psychologist/meatheads-and-soy-boys).

[13] Nous tenons toutefois à préciser que, dans le cadre de notre analyse, notre point de vue n’est pas existentialiste et ne questionne pas la valeur même des croyances de la masculinité traditionnelle, ou du caractère hégémonique de la masculinité ; elle ne concerne pas non plus le développement, en sciences sociales, du concept de la masculinité hybride.

[14] Nous pouvons renvoyer ici à Adams (1990) : “When we think that men, especially male athletes, need meat, or when wives report that they could give up meat but they fix it for their husbands, the overt association between meat eating and virile maleness is enacted.”

[15] Le terme est souvent perçu dans son opposition au « wokisme ».

[16] Voir Kutner, Samantha. Swiping Right: The Allure of Hyper Masculinity and Cryptofascism for Men Who Join the Proud Boys. International Centre for Counter-Terrorism, 2020. JSTOR, http://www.jstor.org/stable/resrep25259, ainsi que Hawley, G., “The Alt-Right and the 2016 election.” Making Sense of the Alt-Right, Columbia University Press, 2017, pp. 115–38. JSTOR, http://www.jstor.org/stable/10.7312/hawl18512.9.

[17] Avec des formes particulièrement marquées plus tard au cours de la guerre de Sécession ou du New Deal.

[18] Moskalenko, Sophia, and Clark McCauley. “QAnon: Radical Opinion versus Radical Action.” Perspectives on Terrorism, vol. 15, no. 2, 2021, pp. 142–46. JSTOR, https://www.jstor.org/stable/27007300.

[19] L’acronyme a été utilisé pour la première fois au début des années 90, mais est régulièrement utilisé pour critiquer des républicains qui ne seraient pas assez alignés avec les idéaux conservateurs et l’orthodoxie du parti.

[20] Dans la publication sous forme de vidéo, la personne qui est critiquée fait appel au personnel de sécurité du campus pour tenter, sans succès, de stopper les interviews micro-trottoir d’un groupe conservateur.

[21] Ce qui n’est pas sans rappeler la célèbre citation de Barry Goldwater prononcée lors de son discours durant la convention républicaine le 16 juillet 1964 : “I would remind you that extremism in the defense of liberty is no vice! And let me remind you also that moderation in the pursuit of justice is no virtue!”.

[22] Traduction des auteurs à partir de l’original : “Democrats and Republicans not only increasingly dislike the opposing party, but also impute negative traits to the rank-and-file of the out-party. We further demonstrate that affective polarization has permeated judgments about interpersonal relations, exceeds polarization based on other prominent social cleavages.”

[23] Traduction des auteurs à partir de l’original : “the mere act of identifying with a political party is sufficient to trigger negative evaluations of the opposition.”

[24] En étudiant le mouvement américain pour la tempérance – qui a conduit à la Prohibition – comme une politique du statut, il y voyait une lutte politique motivée par l’affirmation d’un groupe de la supériorité de son mode de vie.

[25] Interview avec Sean Hannity sur la chaîne américaine Fox News, le 6 décembre 2023.

[26] Donald Trump, discours durant la CPAC (Conservative Political Action Conference), le 3 mars 2023.

[27] Donald Trump, discours de campagne dans le New Hampshire, le 11 novembre 2023.

[28] Ibid.

Déclaration de conflit d’intérêts

L’article fait partie d’un numéro spécial publié grâce au soutien du réseau “Språk och makt” de l’Université de Stockholm et à celui de la fondation Åke Wiberg (projet H23-0123). Les auteurs ne déclarent aucun conflit d’intérêts.

DOI: https://doi.org/10.16993/rnef.166 | Journal eISSN: 2003-0401
Language: French
Page range: 159 - 171
Submitted on: Nov 15, 2024
Accepted on: Jun 17, 2025
Published on: Apr 15, 2026
Published by: Stockholm University Press
In partnership with: Paradigm Publishing Services

© 2026 Laure Cataldo, Éric Rouby, published by Stockholm University Press
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