Skip to main content
Have a personal or library account? Click to login
« Les poèmes se sont imposés à moi » : entretien avec Lynda Chouiten Cover

« Les poèmes se sont imposés à moi » : entretien avec Lynda Chouiten

Open Access
|Mar 2024

Full Article

1. Venir à l’écriture : du roman à la poésie

Armel J. Ngamaleu : Qu’est-ce qui fonde votre « venue à l’écriture » (pour reprendre Hélène Cixous) et à la poésie, précisément ?

Lynda Chouiten (figure 1) : J’ai toujours écrit, aussi loin que je me souvienne. L’écriture a tout naturellement succédé à la lecture, et j’ai donc commencé à écrire des petites histoires et des poèmes courts dès l’âge de 8 ou 9 ans. Mais la plupart des poèmes que j’écrivais étaient des textes de circonstance – souvent à l’occasion de l’anniversaire d’une copine. Bien que j’aie entamé – puis abandonné – plusieurs contes et romans, je n’ai vraiment commencé à me sentir poète qu’à l’aube de la quarantaine. Il y a eu en moi une espèce de débordement, de trop-plein d’émotions puissantes et contradictoires qui forçaient leur chemin à travers la poésie ; d’ailleurs, j’ai failli intituler mon premier recueil « La Saison des crues ». Qui sait, je reprendrai peut-être ce titre, un jour, bien que je me sente moins dans l’excès, aujourd’hui…

Figure 1

Photographie de Lynda Chouiten (source : Lynda Chouiten).

Comment situez-vous J’ai connu les déserts (Chouiten 2023) dans l’ensemble de vos textes littéraires ?

Comme je l’ai dit dans ma réponse précédente, je n’ai commencé à me sentir poète que tardivement et aujourd’hui encore, je me sens plus romancière que poète. Mon recueil de poésie diffère de mes romans en ce qu’il est peut-être trop prisonnier du Moi – un Moi tourmenté et débordant d’émotions au moment où j’écrivais la soixantaine de textes qui le composent. C’est là, je pense, ce qui constitue à la fois sa force et sa faiblesse. Parce qu’ils sont centrés sur les états d’âme d’une seule personne, ces textes se répètent un peu et font preuve de moins d’inventivité que mes romans, je pense. Mais je crois qu’il y a beaucoup de force dans les différentes émotions décrites ainsi que dans la langue, que j’ai voulue d’une beauté un peu désuète. Et surtout, je crois qu’ils partagent avec mes autres écrits cette fascination pour l’âme et la complexité humaine, qui est, à mon sens, l’ultime sujet de toute littérature.

Quel a été l’élément déclencheur de l’écriture de ce recueil poétique ?

Le débordement des émotions, comme je le disais plus haut, et puis le confinement, qui m’a donné le temps et la solitude nécessaires pour être à leur écoute.

2. Voix romanesques vs voix poétiques : le rapport à soi (et aux autres)

Pourquoi le choix de ce titre qui est aussi celui du poème ouvroir du recueil (figure 2) ? Est-ce le poème phare qui condense mieux les dimensions esthétique et thématique de toute l’œuvre ?

Figure 2

Première de couverture du recueil (source : Armel J. Ngamaleu).

Il est vrai que le poème « J’ai connu les déserts » résume bien l’orientation esthétique et thématique du recueil : des textes axés sur le Je, son vécu et son ressenti, qui oscille entre douleur et espoir, et des métaphores empruntées à la nature et évoquant à la fois la vastitude et la profondeur. Beaucoup d’autres poèmes auraient bien pu véhiculer l’essence du recueil ; je pense à « Étrangère » ou à « À l’abri du monde », dont j’ai d’ailleurs choisi de mettre un extrait sur la quatrième de couverture ; mais la métaphore du désert s’est imposée presque spontanément comme titre. Elle m’a semblé plus inspirante et plus puissante que d’autres. Aurais-je succombé à un exotisme facile ? Un peu, sans doute, mais c’est vrai que les possibilités qu’offre le désert sont infinies et qu’un titre l’évoquant ne peut que susciter des questionnements, nourrissant ainsi l’imagination.

La poésie lyrique est, en général, écrite à la première personne. Mais qu’est-ce qui fait la particularité de ce sujet « Je » qui s’annonce et s’impose magistralement dès le seuil du livre ? Est-ce un « je traversé » (comme dit Annie Ernaux), en d’autres termes qui fusionne à la fois l’individuel ou le personnel et le social ?

Contrairement à mes romans, ce recueil est le fruit d’une âme qui était centrée sur elle-même, qui n’écoutait que ses propres cris ou murmures. Très étonnamment, on pourrait la qualifier d’écriture romantique, où l’individu s’écoute plus qu’il ne soucie de ce qui l’entoure. Cela dit, il y a bien deux ou trois poèmes qui font allusion à la réalité sociale et politique du pays qui est le mien. Et puis surtout, je crois que les âmes humaines, malgré leurs identités distinctes et les vécus différents qui les façonnent, se ressemblent toutes plus ou moins ; c’est pourquoi j’ai la faiblesse de croire que les lecteurs du recueil se sont reconnus/se reconnaîtront dans mes doutes, mes peurs, mes colères ou mes petites joies.

Ce sujet-Je poétique est-il différent des voix de vos héroïnes dans les deux romans déjà publiés par vous ? Quel lien peut-on établir entre vos personnages féminins romanesques et votre/vos personnage(s) poétique(s) ?

Je pense qu’on met toujours un peu de soi dans ces personnages et je ne déroge pas à cette règle. Il y a un peu de moi dans Pôv’Cheveu (Chouiten 2017), dans Chahira, dans Kheira (personnage principal de ma nouvelle « Les Déesses ») ou encore dans les narrateurs (masculins) de mes nouvelles « Je ne mourrai pas de sincérité » et « Le Bal masqué », entre autres… (Chouiten 2022) Il y a un peu de moi dans mes personnages, mais ils ne sont pas moi ; ce sont des combinaisons de plusieurs personnes qui ont traversé ma vie, l’espace de quelques minutes ou de plusieurs années, et de personnages nés de mon imagination pour mieux servir l’intrigue ou une certaine réalité sociale ou psychologique que je cherche à transmettre aux lecteurs. Mais la voix des poèmes est une voix narcissique ; elle est la mienne, uniquement la mienne et se soucie peu des autres et de la réalité qui l’entoure.

Est-il, selon vous, plus aisé de s’écrire à travers la poésie ou alors à travers un dédoublement dans un roman ?

Les deux peuvent être difficiles quand on cherche à dépasser le seul épanchement du Je pour proposer un vrai travail intellectuel, créatif, complexe et original. Bien que j’essaie de faire cet effort dans tous mes écrits, je pense qu’il est plus élaboré et plus manifeste dans mes romans, qui sont plus détachés de l’expérience personnelle et qui, peut-être à cause de cela, déploient plus d’audace dans la création.

3. Poésie adressée, mode d’emploi

L’adresse dans vos poèmes est importante et frappante. On observe, outre des passages de dialogue, une variation des pronoms personnels : « Je », « Tu », « Vous », « Nous ». À qui/quoi renvoient ces pronoms et comment s’opère parfois le glissement du « Vous » au « Tu » d’un poème à l’autre ?

Vous l’aurez sans doute remarqué, un thème récurrent dans les poèmes composant ce recueil est le sentiment de différence, de non-appartenance, exprimé dès le deuxième poème (« Étrangère »). Le pronom « Vous » qu’on retrouve souvent renvoie à ces groupes/communautés auxquel(le)s on ne se sent pas appartenir ; il s’oppose ainsi au « Je » différent et solitaire. Le pronom « Tu », quant à lui, peut renvoyer soit à un double ou à un interlocuteur imaginaire que je prends à témoin de mes états d’âme, soit à un abstraction personnifiée, comme dans « Un au revoir », où je m’adresse au cinquième art (poésie) comme à un amant qu’on envisage de quitter mais vers qui on est sûre de revenir tôt ou tard. Parfois, « Tu » renvoie à une personne bien réelle, vivante ou décédée, comme dans « Tu aurais dû rester » ou « À une poétesse en guise d’adieu ». En de rares fois, un sentiment d’appartenance est exprimé et le « nous » est alors utilisé ; ceci est particulièrement le cas dans le poème « Ode au soleil de mon pays ».

Le poème « Étrangère », qui est un discours sur l’expérience exilique, met en évidence un rapport complexe/critique entre le « je » et le « vous ». Cette étrangeté rime-t-elle avec minorité, invisibilisé ou dominé ? Est-ce une étrangeté inquiétante ?

L’exil dont il est question dans ce poème n’est pas une déterritorialisation – un éloignement de sa terre natale – mais un sentiment d’exil, où on se trouve. L’étrangeté rime ici avec différence, tout simplement – avec l’impossibilité de se sentir appartenir à une communauté quelconque, qu’elle soit la sienne ou celle des « autres ». Elle n’est pas forcément inquiétante – il suffit d’assumer l’idée que les moules existants ne sont pas forcément pour nous – mais elle est parfois dure à vivre.

Le poème « Tu aurais dû rester » est écrit « à la mémoire de Zuwaina Al Hinai ». « À un disparu » et « À une poétesse en guise d’adieu » sont également des poèmes-hommage et donc adressés. Pour chaque cas, pouvez-vous nous en dire plus ?

« À un disparu » s’adresse à une personne qui a traversé brièvement ma vie et dont la mort m’a attristée ; « Tu aurais dû rester » m’a été inspiré par une information lue sur Facebook et qui évoquait la mémoire de Zuwaina Al Hinai, une jeune étudiante omanie poussée au suicide par l’incompréhension de son entourage, dont elle ne partageait pas les convictions et la vision du monde. Bien que je n’aie jamais connu cette jeune femme, son destin tragique m’a émue, moi qui traite souvent du thème de la différence dans mes textes. Enfin, « À une poétesse en guise d’adieu » est un hommage à Amina Mekahli, poète algérienne disparue prématurément – à l’âge de 55 ans – des suites d’une maladie. Elle avait une telle élégance dans l’apparence et dans le verbe, une telle empreinte unique, une telle générosité dans sa façon d’évoquer son pays et l’humanité en général, que son décès a beaucoup ému tous ceux qui l’ont connue.

À qui vous adressez-vous dans le poème dialogique « Dans l’ennui tenace » ? Vous y révélez votre passion pour le chant. Est-ce pour vous une solution contre l’ennui, la mélancolie ordinaire ?

Je m’adresse à une sorte de double – un autre moi qui m’invite à me dessaisir de mon côté parfois trop cérébral, trop grave. J’ai sans doute écrit ce poème à un moment où ce côté grave triomphait, comme ça lui arrive régulièrement. Ces périodes « d’assèchement » sont toujours pour moi une source d’inquiétude, voire de désarroi. Car le chant n’est pas seulement, pour moi, « une solution contre l’ennui » et la mélancolie ; il est le signe que notre âme est encore fraîche et verdoyante. Une âme qui ne chante plus est une âme qui a laissé s’installer le désespoir, le Mal, ou la laideur. La présence ou l’absence de chants dans ma vie est un baromètre me permettant de mesurer mon degré de beauté intérieure et d’épanouissement ; je m’alarme toujours, quand je ne chante plus.

Peut-on lire ce recueil comme une forme de journal en poèmes ou de poésies du quotidien ?

Je ne sais pas s’il est possible de les lire de cette manière, mais je ne les ai sûrement pas écrits de façon journalière. D’ailleurs, je n’ai jamais écrit tous les jours ; souvent, je laisse les mots m’envahir avant de les coucher sur écran.

Y a-t-il une quête de soi ou une enquête sur soi dans ce livre, notamment dans certains poèmes situés vers la fin comme « Noyade », « Nouveau rôle », « Retour » et « Le vieux rêve » ?

Une quête de soi et surtout une perpétuelle remise en question traverse, en effet, la plupart des poèmes. On se reproche d’être trop rêveuse, de trop vouloir exprimer ce qu’on croit être la vérité, d’être parfois ridiculement idéaliste, et on se rend compte que cela rend difficile à vivre ou, au contraire, nous inflige des souffrances inutiles. Alors, on se promet de s’aguerrir ou, au contraire, de lâcher du lest, c’est-à-dire, de renoncer à deux ou trois idéaux. Eternelles promesses jamais – ou rarement – tenues… Je précise quand même que « Le Vieux rêve » ne s’inscrit pas dans cette thématique. C’est une longue métaphore sur le cheminement du pays qui est le mien – l’Algérie – et sur ses espoirs trahis. J’ai écrit ce poème le 05 juillet 2022, c’est-à-dire à l’occasion du soixantième anniversaire de l’indépendance ; d’où la première phrase, « J’ai rêvé que j’avais soixante ans. » Entre les rêves nés en 1962 (voire avant) et aujourd’hui, que de désillusions, hélas !

Quel est le fil qui tisse l’ensemble du recueil ? Comment l’avez-vous écrit et structuré ?

Mes poèmes n’obéissent pas à une structure bien ficelée, bien réfléchie, et cela est valable aussi pour le recueil dans son ensemble. J’ai laissé les poèmes m’écrire, pour ainsi dire ; je crois que cette métaphore a déjà été formulée par quelqu’un, mais je ne sais plus qui… Je les ai donc laissé m’écrire, et s’écrire, et je n’ai effectué que de rares ajustements. Quant au recueil, il m’a semblé que les poèmes se ressemblaient suffisamment pour qu’il ne soit pas nécessaire de les agencer d’une manière particulière. Cela dit, j’ai essayé de commencer par les textes qui condensent le mieux l’essence du recueil, axé sur le Je, son ton et ses choix métaphoriques. Suivent ensuite des poèmes moins « narcissiques », axés sur le dialogue et souvent exprimés par le biais des pronoms « Tu » et « Vous », comme si cette approche dialogique servait la recherche de soi qui sillonne tout l’ouvrage. Enfin, c’est en toute logique que le recueil se referme sur les textes évoquant une fin ou un changement : fin de l’errance de l’âme dans « Retour », fin d’une année douloureuse et présage de jours meilleurs dans « Présage » et fin d’un beau rêve – celui de tout un pays – dans « Le vieux rêve ». Je précise toutefois que cette structure n’a pas été établie de manière réfléchie comme je l’explique ici, mais de manière intuitive, comme si elle allait de soi.

4. Logiciel esthétique à l’épreuve : entre tradition et modernité

Il y a une constance caractéristique de votre logiciel d’écriture poétique. Elle est perceptible dans plusieurs poèmes à travers un système de répétition de certains vers ou formules/expressions qui servent aussi de titres : « J’ai connu… », « Ils ont… », « Je t’ai nourri… », « Secrète comme… », « Tu aurais dû rester… », « Te revoilà donc…», « De quel douleur…», etc. Comment expliquez-vous ce modèle ou procédé esthétique ? Quelle est sa finalité, son enjeu ?

Je pense que ce genre de procédé est assez répandu en poésie, qu’elle soit classique ou contemporaine. Recourir à la répétition donne plus de force au propos et aux images déployées, et plus de musicalité, surtout. D’ailleurs, on retrouve cette répétition souvent dans les chansons – le refrain en est la parfaite illustration. Souvent, une série de strophes commençant par un même vers s’achève sur une chute plus ou moins inattendue.

Vos poèmes sont écrits en vers, structurés en strophes et ponctués; parfois des rimes y sont perceptibles. Le titre du quatrième poème fait référence à une forme fixe d’ailleurs : « Ode au soleil de mon pays ». Pourquoi le choix de la poésie libre ou libérée qui conserve ou investit partiellement certains éléments prosodiques classiques ? Quel est l’effet recherché à travers ces jeux entre contraintes et liberté poétiques (librisme) ?

Les premiers poèmes que j’ai écrits (entre 2016 et 2021) sont des poèmes rimés, qui portent de façon marquée l’influence de la poésie classique. Je place cette poésie, qui allie contraintes formelles (métrique et rime) et puissance d’évocation au summum de l’art poétique. Étonnamment pour quelqu’un qui fait preuve d’innovation dans ses romans, je me méfie un peu d’un certain type de poésie contemporaine, où l’on nous propose des textes qui ont tous plus ou moins quatre lignes et qui, en guise d’innovation, se contentent de supprimer les majuscules ou de créer un effet visuel. À tort ou à raison, cela me semble un peu facile. Mais comme je l’ai déjà dit, les poèmes de ce recueil se sont imposés à moi et je ne pouvais les rejeter. L’effet libérateur qu’ils ont eu sur moi se mêle au respect que j’ai pour les contraintes en poésie : un mélange que vous avez eu l’intelligence de remarquer.

5. Langue, réception et devenir de l’écriture

La langue d’écriture est le français. Sachant que vous être traductrice et polyglotte, pourquoi avoir écrit en français ?

Bien que je maîtrise quatre langues – le kabyle, l’arabe, le français et l’anglais – le kabyle et le français sont celles qui font le plus partie de mon identité linguistique. J’ai coutume de dire que ma langue maternelle est un mélange hybride de ces deux langues ; un mélange que me parlent mes parents depuis mon plus jeune âge. Bien que j’aie appris l’arabe et l’anglais par la suite (essentiellement à l’école), je n’ai pas le même rapport à elles qu’avec ma langue hybride. De plus, le français est la langue dans laquelle j’ai sans doute le plus lu ; c’est surtout par son biais qu’est né mon amour de la littérature. En d’autres termes, il m’est impossible d’évoquer ma passion des mots sans évoquer la langue française. Cela dit, je dois préciser deux choses : d’abord, j’écris en anglais (j’ai publié dans cette langue la majorité de mes écrits académiques et quelques poèmes) et je n’exclus pas de publier des textes en arabe et, pourquoi pas, en kabyle, bien que je n’aie jamais étudié cette langue – ma langue – à l’école. Ensuite, et surtout, j’écris souvent dans une langue hybride, comme celle qui m’a été transmise dès l’enfance. Cela n’est pas vraiment perceptible dans ce recueil, mais mes romans, bien qu’écrits en français, sont une sorte de patchwork où on retrouve aussi du kabyle, plusieurs dialectes arabes, et parfois de l’anglais et de l’allemand, comme c’est le cas dans Une Valse (Chouiten 2019).

J’ai connu les déserts est votre premier livre à être publié en France. Pouvez-vous nous parler de votre choix des Éditions Constellations ?

Me trouvant en France pour plusieurs mois au moment où j’ai pensé à publier le recueil, c’est tout naturellement que j’ai envoyé le manuscrit à plusieurs éditeurs français. La plupart ne m’ont pas répondu, mais Mme Amalia Achard, directrice des Éditions Constellations, n’a pas tardé à me répondre qu’elle aimait beaucoup mes textes. Elle a donc accepté de me proposer un contrat à compte d’éditeur. Mme Achard est elle-même poète et traductrice, et c’était un point important dans ma décision de signer avec elle ; et, bien qu’elle m’ait prévenu que les ouvrages de poésie rencontraient un maigre lectorat, mon optimisme têtu a voulu croire que cette publication allait me permettre de me faire connaître au-delà des frontières de mon pays.

Comment cette première publication dans le genre a-t-il été accueillie ? Qu’est-ce qui change/rait dans votre rapport à l’écriture d’une part, et à votre public d’autre part, après ce premier recueil ?

Mme Achard est d’une politesse et d’une correction exemplaires et travailler avec elle est une belle expérience, mais finalement, cette publication n’a pas élargi mon lectorat, comme je l’espérais. Alors que mes romans et mon recueil de nouvelles, publiés en Algérie, ont eu un succès immédiat et loin d’être négligeable, J’ai connu les déserts et autres poèmes n’a pas beaucoup fait parler de lui – du moins pour le moment. Peut-être que c’est le sort de tous les ouvrages de poésie, comme l’explique mon éditrice… Peut-être aussi que le recueil n’est pas dans l’air du temps, ou qu’il faudrait s’investir davantage dans le travail de promotion… En tout cas, je pense qu’on ne change pas son rapport à l’écriture en fonction de l’accueil des lecteurs, mais suite à un cheminement personnel, qui change notre vision des choses – ici, du travail littéraire. Me concernant, je ne regrette pas du tout d’avoir publié ces poèmes un peu « à l’ancienne » ; j’aime bien leur charme désuet, comme je le disais plus haut. Mais je pense que, si je devais écrire d’autres poèmes, je reviendrais à quelque chose de plus hybride, de plus polyphonique et de plus vivant ; en somme, j’adopterais l’esthétique qui définit habituellement mon écriture, notamment telle qu’on la retrouve dans mes romans.

Travaillez-vous actuellement sur un autre projet littéraire ?

Après J’ai connu les déserts, j’ai publié un conte pour jeunes lecteurs intitulé Les Pierres du Pays des Baggans (Chouiten 2023). J’ai également terminé un troisième roman et je suis à la recherche d’un éditeur. J’ai deux romans et un recueil de nouvelles en tête mais j’en ai à peine entamé l’écriture. J’avoue que je suis très prise par mes obligations professionnelles et j’essaie de renouer avec la production académique que j’avais quelque peu délaissée… Cela fait beaucoup de choses à faire mais j’espère que tous ces projets finiront par prendre forme. Dans l’immédiat, j’espère surtout trouver un bon éditeur pour mon troisième roman et faire traduire dans d’autres langues mes romans déjà publiés. D’ailleurs, la parution de la traduction américaine de mon deuxième roman, Une Valse, est prévue pour bientôt.

Déclaration de conflits d’intérêt

Rien à déclarer. L’entretien a été à l’initiative d’Armel J. Ngamaleu et s’est déroulé par courriers électroniques.

DOI: https://doi.org/10.16993/rnef.118 | Journal eISSN: 2003-0401
Language: French
Page range: 7 - 13
Submitted on: Feb 22, 2024
Accepted on: Feb 22, 2024
Published on: Mar 7, 2024
Published by: Stockholm University Press
In partnership with: Paradigm Publishing Services
Keywords:

© 2024 Armel Jovensel Ngamaleu, Lynda Chouiten, published by Stockholm University Press
This work is licensed under the Creative Commons Attribution 4.0 License.