Dans ses différents travaux scientifiques, la professeure Françoise Sullet-Nylander s’est intéressée aux genres du français parlé dans une perspective interactionniste avec le cas par exemple des talk-shows (Forsgren & Sullet-Nylander 2010), mais également dans les débats politiques. Ainsi, son étude sur les émissions On ne peut pas plaire à tout le monde et Vie privée, vie publique révèle qu’il existe des variantes de talk-shows comme la confession où l’animatrice endosse le costume de thérapeute de circonstance ou bien le repas de famille où la gestion des interactions fait apparaître le cadre d’une discussion conviviale où l’anecdote révèle l’éthos du locuteur sous un nouveau jour (Forsgren & Sullet-Nylander 2010). Cet article nous paraît représentatif de l’orientation intellectuelle des travaux de Françoise Sullet-Nylander avec des références aux études de Claire Blanche-Benveniste (1997 ; 2007), de Patrick Charaudeau (Charaudeau & Ghiglione 1997), Dominique Maingueneau (2007) et de Catherine Kerbrat-Orecchioni (2005). Au-delà de cette analyse du français parlé des médias, Françoise Sullet-Nylander a su bâtir un réseau d’amitiés intellectuelles qui s’est traduit par la venue en Suède de tous ces chercheurs éminents susmentionnés.1 C’est avec un profond sentiment de respect et de reconnaissance que nous soulignons sa réussite académique exceptionnelle. Ses efforts en recherche et en pédagogie ont non seulement influencé le milieu universitaire suédois mais aussi la recherche internationale dans ses domaines de recherche.
Nous souhaitons tout particulièrement remercier le réseau « Discours et pouvoir » (Språk och makt) qui a permis d’organiser un colloque sur l’analyse du discours politique en temps de campagne et de réunir quatre contributions sur ce thème. Françoise Sullet-Nylander a rejoint dès le début ce réseau créé à l’Université de Stockholm en 2018 pour encourager des événements scientifiques pluridisciplinaires portant sur cette relation.2 Nous proposons de revenir sur son parcours à partir de ses domaines d’intérêt en privilégiant une optique thématique à une perspective strictement chronologique.
Polyphonie et titres
Sa thèse de doctorat, intitulée Le Titre de presse. Analyses syntaxique, pragmatique et rhétorique, constitue une étape importante dans l’analyse linguistique et pragmatique du langage des titres des trois principaux quotidiens français (Sullet-Nylander 1998). Fondée sur les titres du Figaro, de Libération et du Monde, son objectif était de créer une « grammaire » pour le langage des titres en mettant en évidence leurs structures syntaxiques ainsi que leurs propriétés pragmatiques et rhétoriques Une des importantes sources d’inspiration pour l’ouvrage était La Grammaire du sens et de l’expression (Charaudeau 1992). En réalité, son analyse s’est particulièrement concentrée sur la dimension intertextuelle du discours médiatique, qui englobe la manière dont les journaux expriment les « voix » des autres en faisant référence à une série d’expressions fixes qui font partie du patrimoine linguistique et culturel des lecteurs. Cet effort a reçu en février 2000 une distinction de la Vitterhetsakademien qui venait récompenser ses contributions scientifiques significatives dans le champ de la linguistique française.
Françoise Sullet-Nylander a poursuivi son parcours en approfondissant et en développant davantage ses recherches sur les phénomènes d’intertextualité et de polyphonie. Elle s’est appuyée notamment sur les travaux d’Oswald Ducrot en analysant les titres de journaux à partir de la théorie de la double énonciation selon laquelle un énoncé isolé peut abriter plusieurs voix (Ducrot 1984 : 172). La difficulté des titres de presse résidait d’une pluralité de voix cachées et qui ne pouvaient être dévoilées sans compétences au-delà de la grammaire ; Sullet-Nylander a montré que c’est en ayant des connaissances culturelles, littéraires et encyclopédiques sur les jeux de mots, les calembours, les allusions et les proverbes que l’on arrive à dégager le sens double – l’hétérogénéité énonciative – et l’humour implicite du genre titres de presse à la française. En rendant compte de la fabrique des titres, elle a su montrer les logiques internes du discours journalistique (Sullet-Nylander 2002 : 297 : Sullet-Nylander 2006) et vérifier une hypothèse stimulante : les titres sont souvent créés postérieurement à l’article et souvent par un autre auteur, d’où cette idée qu’ils participent pleinement à la circulation d’énoncés en contexte (Sullet-Nylander 2001 ; Sullet-Nylander 2002 : 296 ; Sullet-Nylander 2013).
Lorsqu’on regarde de plus près les évolutions du champ journalistique à l’ère d’internet, cette analyse de la titrologie et des rubriques montre qu’il existe une coupure entre l’auteur initial du texte et les « arrangeurs », c’est-à-dire les éditeurs et tous les autres acteurs de la chaîne journalistique qui viennent retitrer l’article ou le faire figurer dans un cheminement qui aura à son tour des effets polyphoniques (Sullet-Nylander 1998 : 45). Ainsi Françoise Sullet-Nylander, aux côtés de son collègue Mats Forsgren, a ouvert la voie aux théories et méthodes de l’énonciation pour le plus grand plaisir et le bénéfice des étudiants et doctorants suédois ; la linguistique de l’énonciation a beaucoup inspiré des recherches récentes sur les éditoriaux (Roitman 2006 ; Roitman 2015 ; Roitman & Sullet-Nylander 2021 ; Premat 2018 ; Premat 2019 ; Landolsi 2020) ainsi que de nombreux mémoires en linguistique. Depuis, elle a élargi son répertoire en travaillant aussi sur le français parlé, les différents genres médiatiques, le genre grammatical versus le genre sexué (Sullet-Nylander 2021). Les analyses portent généralement sur des événements politiques avec l’objectif de dégager et discuter les phénomènes implicites du discours, à savoir d’interpréter le sens d’un discours à la lumière de son contexte social, culturel et politique (Sullet-Nylander 2012 ; Sullet-Nylander 2014a).
Discours rapporté et questions de genre
Depuis l’automne 2000, elle fait partie d’un groupe de recherche international appelé Ci-Dit (Juan-Manuel Lopéz, Laurence Rosier, Sophie Marnette) qui travaille sur les discours rapportés, les citations, les allusions, la polyphonie et les genres textuels.3 Le groupe comprend les chercheurs les plus éminents du domaine et a organisé de nombreuses conférences et publications auxquelles Françoise Sullet-Nylander a activement contribué. En l’occurrence, Françoise Sullet-Nylander a été responsable, en 2012, de la conférence Ci-dit à Stockholm, dont le thème était la relation entre le discours rapporté et genre (Sullet-Nylander 2014b). Françoise Sullet-Nylander a continué ses recherches au carrefour de l’analyse du discours et des études de genre dans ses publications sur le langage inclusif, une question ayant suscité une certaine polémique parmi les linguistes (Sullet-Nylander 2021 : 78 ; Les linguistes atterrées 2023).4 La publication et la conférence (Sullet-Nylander 2012) ont croisé différentes perspectives notamment les questions des genres vues à travers les formes des discours d’autrui, ainsi que l’influence des genres textuels sur le choix des types de citations. Le fruit de cette collaboration initiée par Françoise Sullet-Nylander a fourni des connaissances significatives et nouvelles au domaine. Ainsi a-t-elle contribué à la réflexion sur la manière dont le genre et les pratiques textuelles et sociales affectaient les normes de la langue (Sullet-Nylander 2021 : 87) : « En matière de féminisation linguistique, un long chemin a été parcouru depuis les années 70 au Québec, dans d’autres pays francophones, et aujourd’hui en France : le premier volet du langage inclusif – à savoir la féminisation des noms de fonctions, de grades et métiers – est peu ou prou abouti » (Sullet-Nylander 2021 : 86 ; Houdebine-Gravaud 2003).
Analyse des débats de l’entre-deux-tours des élections présidentielles françaises
La professeure Françoise Sullet-Nylander a au fil du temps approfondi ses recherches dans le domaine de l’analyse du discours avec un intérêt renouvelé pour le discours politique. L’un des projets les plus remarquables entrepris par la professeure Françoise Sullet-Nylander est son analyse compréhensive des débats télévisés entre les candidats aux élections présidentielles françaises de 1974 à 2007 (Sullet-Nylander 2019b). Ses travaux sur les débats de l’entre-deux-tours couvrent un large éventail de phénomènes, notamment les éléments interactifs tels que les termes d’adresse, les autocitations, les discours rapportés, la polyphonie, les actes de parole, ainsi que la rhétorique et le rôle des animateurs dans l’interaction au fil des années, y compris leurs désignations des électeurs potentiels (Kronning 2013). Ces diverses perspectives ont contribué à expliquer l’évolution du débat politique et ont permis d’approfondir notre compréhension de l’un des événements les plus emblématiques de la vie politique française. En particulier, elles ont mis en lumière comment le langage est utilisé en politique en tant qu’outil de pouvoir et d’influence. Ces débats ont suscité et continuent de susciter l’intérêt non seulement au sein du département des langues romanes, mais aussi parmi les analystes du discours les plus éminents de la francophonie. Grâce à Françoise Sullet-Nylander, de nombreux chercheurs ont établi des contacts longs et durables, parmi lesquels Patrick Charaudeau et Dominique Maingueneau, pionniers de l’analyse du discours en France et dont les travaux ont beaucoup inspiré la recherche de Sullet-Nylander dans les domaines de médias et de politique (Charaudeau 2005), sont devenus d’excellents amis et des invités fréquents au département des langues romanes de l’université de Stockholm.
Françoise Sullet-Nylander a réalisé de nombreuses études sur les débats de l’entre-deux tours, certaines en collaboration avec son ancienne doctorante et collègue Malin Roitman. Les thèmes récurrents incluent la manière dont les candidats utilisent le discours d’autrui pour influencer et convaincre leur électorat. Grâce à ses analyses, Sullet-Nylander a contribué à une meilleure compréhension du sens implicite et des procédés rhétoriques liés à l’intégration des paroles d’autrui dans un discours, allant de la simple citation à l’ilot textuel, de la reformulation à la polyphonie.
Son intérêt ne s’est pas limité aux discours des candidats, mais s’est également étendu aux journalistes-animateurs des débats. En se concentrant sur les questionnements et les présuppositions, elle a tracé l’évolution des interventions des animateurs de débats de 1974 à 2007. Cette étude révèle de manière significative l’évolution médiatique en termes de vocabulaire, de registre, de relation entre journalistes et politiques sur trois décennies, ainsi que des prises de positions idéologiques plus ou moins subjectives des journalistes (Sullet-Nylander & Roitman 2009).
L’analyse conversationnelle a également guidé ses études des débats, mettant en lumière le rôle des termes d’adresse. Ces termes, bien qu’apparemment superflus dans un duel, se révèlent être des outils pragmatiques d’argumentation, agissant comme des « face-threatening acts » pour surmonter et corriger l’opposition (Roitman & Sullet-Nylander 2021). À l’instar de ses études antérieures, ces analyses transcendent les frontières disciplinaires, combinant différentes théories pour analyser l’interaction effective entre les candidats lors des débats. Un mérite particulier de son approche réside dans sa non-orthodoxie, se laissant guider par les questions plutôt que par des théories et méthodes établies.
Dans une étude sur le débat de l’entre-deux-tours de 2017, Françoise Sullet-Nylander et Malin Roitman se sont intéressées aux références à l’expression « peuple français » (Sullet-Nylander & Roitman 2019 a: 2) dans ce « genre confrontationnel » par excellence (Kerbrat-Orecchioni 2017 : 16–17). Leur étude a souligné le fait qu’Emmanuel Macron privilégiait le terme de « concitoyens » tandis que Marine Le Pen utilisait davantage le terme de « compatriotes ». En termes d’ethos, l’usage du mot compatriotes visait à dessiner l’image d’une candidate protectrice de la patrie tandis qu’Emmanuel Macron préférait avoir recours à des nominations plus ouvertes pour renforcer l’image d’une communauté construite sur des valeurs universelles (Sullet-Nylander & Roitman 2019a : 11 ; Sullet-Nylander 2019b). L’article de Michaël Abecassis sur la rhétorique d’Emmanuel Macron vient montrer comment Emmanuel Macron est capable de jouer sur plusieurs registres pour corriger son image élitiste (Abecassis 2023). L’objectif de ce « syncrétisme discursif » (Mayaffre 2020) serait in fine de vouloir dépasser les contradictions entre certains style opposés de discours.5 Dominique Maingueneau a également rendu hommage aux travaux de Françoise Sullet-Nylander dans son article portant sur les slogans et leurs supports iconiques pour montrer comment ces slogans abritaient une aphorisation efficace en temps d’élection (Maingueneau 2023).
Le français parlé des médias et le discours populiste
La professeure Françoise Sullet-Nylander a joué un rôle clé en tant qu’initiatrice du projet international « Le Français parlé des médias », aux côtés du partenaire de longue date Mats Forsgren, ainsi que des collègues d’Uppsala Coco Norén et Mathias Broth. Cette collaboration visait à mettre en avant l’importance du discours médiatique en français parlé et à encourager une diversité de perspectives sur le sujet (Broth et al. 2007). La conférence inaugurale à Stockholm a été suivie de plusieurs colloques organisés à Québec, Lausanne et Tel Aviv, entre autres. Lors de cette réunion estivale de linguistes interactivistes, la renommée figure française de l’analyse conversationnelle, Catherine Kerbrat Orecchioni, a établi des liens avec Sullet-Nylander, Mats Forsgren et le groupe d’analystes du discours du département (Forsgren 2017). Cette rencontre a été le point de départ de nombreux échanges scientifiques et amicaux.
Sur la même piste, Françoise Sullet-Nylander, Hugues Engel et Mats Forsgren, se sont lancés dans une exploration importante et peu étudiée dans les genres oraux, notamment celle des connecteurs argumentatifs et de leur signification et fonctionnement à la lumière du genre. Le trio a publié plusieurs articles qui ont contribué à enrichir notre compréhension de la nature et de la complexité des connecteurs, tant sur le plan syntaxique que sémantique, tout en adoptant une perspective pragmatique-discursive du discours oral.
À l’automne 2014, la professeure Françoise Sullet-Nylander et certains de ses collègues ont entamé une collaboration interdisciplinaire entre chercheurs du département d’études romanes et classiques : « Langue, identités et subjectivités dans le discours politique dans les pays romans : perspectives linguistiques et de sciences sociales (ROMPOL) » où elle a pris une position de leader dans ce projet visant à élargir les perspectives du discours politique et ainsi accroître la compréhension de la signification culturelle et sociale des actes d’énonciation. Le projet a donné lieu à trois conférences internationales et deux volumes. L’objectif principal de ROMPOL a donc été d’analyser le discours politique médiatisé dans les pays de langue romane en mariant la perspective linguistique et celle des sciences sociales. Dans l’ouvrage collectif Political Discourses at the Extremes : Expressions of Populism in Romance-Speaking Countries (Sullet-Nylander et al. 2019c), le groupe ROMPOL a mis en évidence des caractéristiques communes du discours populiste fondé sur un usage systématique de la transgression et sur une interprétation religieuse de la représentation politique. Cette dernière se manifeste ainsi sous l’allure d’une incarnation car il s’agit de personnaliser la vie politique en suscitant la confrontation des styles politiques. L’hypothèse formulée par le groupe ROMPOL est qu’il y aurait des cultures confrontationnelles du débat dans les pays de langue romane. Les sciences sociales viennent nuancer cette optique en faisant prévaloir l’idée que les institutions créent des régimes discursifs particuliers. En effet, un régime à visée présidentielle ou semi-présidentielle aurait une tendance à nourrir cette visée populiste où le populisme devient une stratégie d’outsiders (Sullet-Nylander et al. 2019c : 3).
Un deuxième volume sur le discours populiste est en cours de parution avec cette fois une attention portée aux expressions du populisme, aux médias sociaux et à la désinformation dans le discours politique (Roitman et al., 2023). Les thèmes du populisme dans les pays de langue romane sont approfondis et élargis, en se concentrant cette fois sur les expressions du populisme et de la désinformation dans le discours politique et les médias sociaux.
Colloque en l’honneur des travaux de Françoise Sullet-Nylander
Le colloque organisé en son honneur les 15 et 16 juin 2022 a fait ressortir l’intérêt de Françoise Sullet-Nylander pour le français parlé des médias, le discours politique et en particulier le discours populiste, le discours rapporté et le langage inclusif, mais aussi pour son souhait que les études de texte réunissent les recherches littéraires et linguistiques dans une optique interdisciplinaire (Lopez Muñoz et al. 2015). Tout au long de sa carrière, elle a encouragé les collaborations entre littéraires et linguistes sous la forme de colloques et de rencontres. Ainsi, c’est entièrement logique que cela est devenu une rencontre entre des analystes du discours travaillant dans le domaine des médias et de la politique – Patrick Charaudeau, Dominique Maingueneau et Michaël Abecassis –, des chercheuses spécialistes en discours rapporté et en genres sexués et langage – Sophie Marnette et Laurence Rosier –et des chercheurs en littérature, Gunnel Engwall et Jean-Paul Dufiet, travaillant sur des écrivains et des œuvres classique mais toujours actuelles d’un point de vue de leur pathos et de leur importance socio-culturelle. Gunnel Engwall, professeure émérite et en même temps ancienne directrice de thèse de doctorat de Françoise Sullet-Nylander, y présentait son projet sur l’œuvre littéraire d’August Strindberg, écrivain suédois et en partie francographique (Engwall 2006; Engwall 2015). Le professeur Jean-Paul Dufiet (Université de Trente), spécialiste du texte de théâtre, pour faire écho aux travaux de Françoise sur le discours rapporté, a donné une conférence sur la norme et la variation sociale dans les vaudevilles de Feydeau. Le professeur émérite Hans Kronning a également participé à ce colloque, lui dont les travaux sur la modalité ont influencé bon nombre de linguistes. C’est également un fidèle auditeur du séminaire de linguistique romane qui se tient les jeudis au département d’études romanes et classiques de l’Université de Stockholm. Mats Forsgren fut de la partie, lui que l’on peut voir comme un compagnon de route pendant toute la carrière de Françoise Sullet-Nylander.
Patrick Charaudeau rappelle au début de son article les discussions abordées avec Françoise Sullet-Nylander sur ce sujet (Charaudeau 2023) d’autant plus qu’il faisait écho à ses propres thèmes de recherche (Charaudeau 2022). On ne peut s’empêcher de relier la boucle et de penser à l’avant-propos de la thèse de Françoise Sullet-Nylander qui donne au lecteur une idée très précise de ses projets de recherche : « Je tiens à remercie le professeur Patrick Charaudeau de l’Université de Paris XIII qui a suivi mes travaux de près depuis 1993 ; je lui suis très reconnaissante de m’avoir invitée, à plusieurs reprises, à participer à des colloques touchant à mon sujet de thèse. Ses recherches en analyse du discours d’information médiatique ont été pour moi une source d’inspiration » (Sullet-Nylander 1998 : avant-propos).
L’article de Michael Abecassis (2023) sur la rhétorique d’Emmanuel Macron vient montrer comment Emmanuel Macron est capable de jouer sur plusieurs registres pour corriger son image élitiste (Abecassis 2023). L’objectif de ce « syncrétisme discursif » (Mayaffre 2020) serait in fine de vouloir dépasser les contradictions entre certains style opposés de discours.6 Sophie Marnette a exploré la campagne présidentielle vus dans l’optique des discours rapporté de la presse peuple, et Laurence Rosier a fait un exposé sur la prise de parole de la femme au croisement entre la poésie et la politique. Les autres articles susmentionnés (Maingueneau 2023 ; Abecassis 2023) traduisent un intérêt certain pour ce domaine de recherche avec notamment les interactions entre le français parlé et le français écrit dans le cas des discours politiques.
Françoise Sullet-Nylander a également été saluée pour ses talents pédagogiques, consacrant sans relâche son énergie à la préparation des cours et à la direction de mémoires. Nous tenons à souligner l’importance de ses efforts en tant que directrice de mémoires et de thèses, ainsi que sa contribution essentielle à l’orientation des futures générations de chercheurs (Förnegård & Sullet-Nylander 2013). Parmi les thèses qu’elle a dirigées ou co-dirigées, nous pouvons mentionner celles de Malin Roitman (2006), d’Anne Duch (2017) et d’Adèle Geyer (2022).
L’impact académique de Françoise Sullet-Nylander a été accompagné d’un effort pédagogique soutenu visant à partager ses connaissances avec les générations futures. Ses contributions significatives au domaine de l’analyse du discours ont renforcé cette discipline en Scandinavie et ont également eu une influence au niveau international. Il est évident que Françoise Sullet-Nylander a développé des collaborations internationales importantes, attirant de nombreux chercheurs renommés à l’Université de Stockholm grâce à l’organisation d’événements scientifiques qui ont stimulé de nouvelles recherches en linguistique et en analyse du discours. Ces réseaux de contacts ont été maintenus, générant d’autres événements et projets scientifiques fructueux qui perdurent. C’est donc avec profonde gratitude que nous reconnaissons sa contribution immense, sa loyauté envers la recherche et l’enseignement. Françoise Sullet-Nylander, en tant que professeure émérite exceptionnelle au département d’études romanes et classiques de l’université de Stockholm, a laissé une empreinte significative sur les recherches en linguistique romane. Nous espérons pouvoir continuer à nous inspirer de son exemple et à bénéficier de ses conseils à l’avenir. Des projets futurs pourraient certainement s’inscrire dans cette perspective enrichissante (Roitman et al. 2023).
Remarques
[1] On peut mention.ner à ce titre les conférences du professeur Dominique Maingueneau sur la paratopie (https://www.youtube.com/watch?v=y0yvNmLutC0, dernière visite le 6 novembre 2023) et sur l’aphorisation (https://www.youtube.com/watch?v=r02JCJYhaPo, dernière visite le 6 novembre 2023).
[2] Nous remercions le réseau « Discours et pouvoir » (Språk och makt) pour le soutien financier apporté qui a permis la publication de ces articles en accès libre dans la Revue nordique des études francophones.
[3] http://groupe-cidit.com/wordpress/ (Site consulté pour la dernière fois le 6 novembre 2023). Françoise Sullet-Nylander a également pu profiter d’un séjour de recherches à l’Université d’Oxford pour pouvoir continuer ses travaux en analyse de discours.
[4] Il est intéressant de noter que ces travaux insistent sur l’idée d’une multiplicité de genres de l’oral et de l’écrit répondant à des logiques différentes, ce qui va dans le sens des thèses de Françoise Sullet-Nylander. « L’oral de la conversation est produit spontanément, de manière ultra rapide, sans préparation préalable. L’écrit soigné, lui, est produit après un long temps de réflexion et peut être corrigé sans laisser de traces, contrairement à l’oral où les corrections se font en direct » (Les linguistes atterrées 2023 : 43).
Déclaration de conflits d’intérêt
L’article a bénéficié du soutien du réseau pluridisciplinaire « Discours et pouvoir » (Språk och makt) de l’Université de Stockholm. Le soutien a été obtenu après la parution des articles en double évaluation. Les quatre articles suivants ont obtenu ce soutien (Charaudeau 2023 ; Maingueneau 2023 ; Abecassis 2023; Toquebiol 2023) et ont été dirigés par Malin Roitman et Christophe Premat.
