
Des littératures francophones à la ‘littérature monde’ : aspiration créatrice et reproduction systémique
Abstract
Since the mid-1990s, in the context of growing globalization, the attempts to categorize French-speaking literatures have multiplied. At the same time, many authors emphasize their desire for a renewed perception of their writings. Redefining their poetics, some of them – including a certain number of young African writers – now claim to be perceived not for their otherness but for the literary quality of their works. This movement seems to culminate with the publication in 2007 of the Manifeste pour une littérature-monde which calls for a ‘Copernican revolution’, namely a change of status of the literatures of ‘Outre France’, their recognition in central positions, the stopping of distinctions or even categorical discriminations and the end of the concept of ‘Francophonie’. This powerful and well-publicized act of speaking has the main advantage of naming an uneasiness, but it paradoxically contributes to a reinforcement of the existing structures of the system and of the pernicious effects of these, as revealed by the example of the consecration of Alain Mabanckou by the instances of the ‘center’, elected to the chair of literary creation at the Collège de France (2015–16). Indeed, generating the hyper-visibility of a small number of writers among others through the phenomena of ‘spectacularizing’ the author, they refer more than ever whole sections of French-speaking literature to the field of the ‘unperceived’ (‘imperçu’).
Depuis le milieu des années 1990, dans le contexte d’une mondialisation grandissante, les tentatives de catégorisation des littératures de langue française se sont multipliées. Parallèlement, de nombreux auteurs font valoir leur aspiration à une perception renouvelée de leurs écrits. Redéfinissant leurs poétiques, certains d’entre eux – notamment un certain nombre de jeunes auteurs africains – réclament désormais d’être perçus non pour leur altérité mais pour la qualité littéraire de leurs oeuvres. Ce mouvement semble culminer avec la publication en 2007 du Manifeste pour une littérature-monde, qui appelle de ses voeux une ‘révolution copernicienne’, à savoir un changement de statut des littératures d’‘Outre France’, leur reconnaissance dans des positions centrales, l’arrêt des distinctions voire discriminations catégorielles et la fin de la francophonie. Cette prise de parole puissante et médiatiquement très relayée a pour principal avantage de nommer un malaise, mais elle contribue paradoxalement à un renforcement des structures systémiques existantes et aux effets pernicieux de celles-ci, ainsi que le révèle l’exemple de la consécration par les instances du ‘centre’ d’Alain Mabanckou, élu à la chaire de création littéraire du Collège de France (2015–16). En effet, générant l’hyper-visibilité d’un petit nombre d’écrivains entre autres au travers des phénomènes de ‘spectacularisation’ de l’auteur, elles renvoient plus que jamais des pans entiers des littératures francophones au domaine de l”imperçu’.
© 2018 Véronique Porra, published by Stockholm University Press
This work is licensed under the Creative Commons Attribution 4.0 License.